Le film « Patients » : vrai, ou romancé ? [SPOILERS]

Patients : le film

 

C’est un petit peu en dehors de l’intention première de ce blog, mais vu le sujet, je pense qu’il est bon de faire un petit retour sur ce film. « Patients », c’est l’histoire d’un accident, du handicap, de la réadaptation et du départ d’une nouvelle vie. Je préviens, ça va spoiler à mort le film.

 

Bon. Grand Corps Malade, je le préfère globalement en photo qu’en chanson. Le bonhomme et ses textes sont sympa, mais le slam monocorde c’est pas tellement mon truc : c’est tellement plat que tu t’y ennuies, même en fauteuil. Mais son histoire, racontée dans ce film, fait écho à tout ce qu’on peut vivre dans un centre de rééducation, et en plus c’est bien fait ! Retour sur 9 mois de ma vie avec ce film.

 

Le film commence juste après l’accident, avec un bref passage sur les urgences, l’hôpital, le flou entourant les souvenirs proches du traumatisme. Puis on est catapultés vers le centre de rééducation. Bon, on voit qu’ils sont un peu utopistes au début, parce que personnellement je n’ai jamais vu un ambulancier à l’arrière avec un patient, que ce soit moi ou tous ceux que j’ai pu voir se faire transporter par ces dangers de la route professionnels du transport médical. Arrivent les parents : le père qui s’occupe avec l’administratif pour ne pas regarder son fils dans les yeux, la mère qui préfère trouver des bons points à la chambre pour les mêmes raisons. On voit le dépit et la pitié que ça évoque au jeune « Ben », qui comprend vite qu’il ne faudra pas compter sur eux pour être réalistes, actifs, ni même confidents. C’est un classique : les parents ne veulent pas qu’un jour leur gamin soit handicapé. Du coup, quand ça arrive, ils font généralement comme si c’était une entorse du poignet après une folle soirée devant son PC une petite chute en roller. Mais surtout pour eux : ils ne peuvent rien faire à la situation pour qu’elle s’arrange, donc ils la modifient pour qu’elle soit moins insupportable.

 

 

 

Mais heureusement, il y a le personnel pour vous aider ! On pourrait croire là à une caricature. Sauf que j’ai eu les mêmes, mais dans le désordre. L’aide soignante qui comprend pas que t’es pas réveillé depuis 2h comme elle, ouvre tout en grand et hurle dans la chambre. L’infirmier qui fait le mec sympa et drôle, mais que tu ne supporteras plus au bout de 2 mois… Notamment parce qu’il te défonce à chaque piqûre, fait les pansements en respectant que la moitié des consignes sanitaires, le tout avec le sourire. La délicatesse dans les gestes de tous les jours que tu ne peux plus faire seul (mention spéciale au petit déj’ et la « petite toilette ») est aussi un grand point de désarroi. Heureusement, on en a qu’un sur deux comme ça généralement, donc il y a des jours de « repos ».

 

Le kiné, c’est le mec pour lequel tu t’es pointé pour une durée indéterminée dans cette clinique de fous. Heureusement, c’est souvent des jeunes plein de bonne volonté, de bonne humeur, et qui font VRAIMENT gaffe à vous. Ca ne l’empêchera pas de vous torturer, mais ça sera toujours avec bienveillance et la recherche de faire le moins mal possible. Puis si c’est une kiné au beau sourire, on est d’autant plus content de travailler (manque de bol, Ben a un mec. Mais cool quand même). Puis c’est souvent lui qui vous trouve des trucs tip-top pour son autonomie (ou les ergos ou psychomot s’il y en a), comme son premier fauteuil ! Et ça, vous n’imaginez pas la joie de se barrer enfin de son lit. C’est d’ailleurs bien retranscrit dans le film !

 

 

Viennent ensuite les premiers mois en centre : on se met à se rendre compte de tous les actes anodins qui deviennent chiants voire impossible, on se met au rythme des séances de rééducation, et entre… Et bien on s’emmerde. Mais on se met à faire connaissance avec les autres. Ces autres qui, même s’ils sont dans la même merde que toi, t’accueillent avec gentillesse, sourire, et ne ratent pas une occasion de se vanner. Vous voulez voir des gens heureux ? Allez en centre de rééducation. Le fait qu’un bon nombre ait failli y rester doit y être pour quelque chose, certainement. Vous arrivez pas à couper une viande parce que vous avez qu’une main valide ? C’est pas grave, un voisin de table y arrivera et le fera. Puis vous lui ouvrirez la porte parce qu’il n’a pas la force nécessaire… Sans oublier de lui dire qu’il pourrait être moins faiblard, ce feignant à roulettes ! Car l’humour et le politiquement incorrect ont une bonne place entre ces murs. Si vous voulez les pires blagues sur les handicapés (et du coup les meilleures), c’est une source intarissable ! L’humour fait partie de l’acceptation de la situation, de la dédramatisation, et du processus pour repartir de l’avant.

 

 

 

La camaraderie est essentielle. On voit cependant dans le film que certains ne supportent pas la situation malgré le soutien des autres patients. On voit aussi que les progrès amènent toujours à y croire plus, que les médecins n’osent pas toujours dire de suite où va certainement se situer le plafond de notre progression et que ça crée des frustrations ou des rechutes lorsque l’on vous met au parfum… Et pas toujours de façon diplomate. Alors on apprend aussi à accepter, et à s’amuser d’une nouvelle façon. L’épisode de la virée nocturne, c’est du 100% vrai. Nous, c’était carrément pour aller au resto, avec certains paras qui s’accrochaient aux fauteuils des tétras comme des wagons, des tétras qui prennent un trou et se retrouvent par terre sur la route avec un inconnu qui le ramasse, la descente où tu « freines le plus tard possible » alors que t’y vois rien, que t’as pas de gants et que le trottoir est recouvert de feuilles et de glands (les vrais, en plus de ceux en fauteuil). Le fait de se faire engueuler comme des gamins à l’internat par le personnel, c’est vrai aussi. Ils te disent toujours « Vous êtes en clinique ici ! » : c’est faux. Ici, c’est la maison. Nous on y part pas quand on veut, on est réveillés à 7h pour le petit déjeuner même le week-end, et on nous ressort toujours cette phrase pour vous faire comprendre que quand même, vous êtes un feignant qui ne respecte pas grand chose.

 

 

Mais ce qui fait tenir, c’est la progression. Les nouvelles étapes, la complicité avec son kiné, les départs de certains qui rentrent enfin chez eux. La première fois debout. Le premier pas. L’étonnement de voir qu’en fait, y’a pas grand monde qui fait ta taille. Il y a aussi des départs définitifs qui sont moins joyeux, même si assez rares. Mais dans ces endroits, tout est brut, tout est entier : comme le film, qui est une vraie pépite. Il y a tellement d’autres points à traiter dans ce film, je pourrais y passer beaucoup de temps encore. Mais tout est vrai : du fan de moto au jeune qui n’a plus de mémoire, de la psy qu’à moitié utile aux relations amicales et amoureuses… 

 

Je vous laisse avec la bande-annonce et un avis condensé en une phrase : vous allez surtout rire, comprendre les handicapés et peut-être leur sourire dans le futur par sympathie plutôt que par pitié. Parce que le handicap, il se ressent surtout dans le regard des autres. 

 

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